L’IMPLACCABLE RANDONNÉE
Histoire événementielle de la révolte du 05 octobre 1990 au Togo 

Par Dossouvi Hilaire Logo, 5 octobre 2000


- Le contexte mondial
- Pour un éveil des consciences: l’Alternative
- La jeunesse vers une structure de lutte
- Lomé devenue pôle d’agitations sans stratégie de conquête du pouvoir
- Un ouragan de tracts sur le pays
- Le 21 septembre 1990 ou la journée d’une leçon de courage et d’audace
- Au calvaire de la police politique
- Le gant de velours se déchira et exposa une féroce main d’acier
- Mobilisons-nous autour d’autres valeurs
SALUT À TOI, JEUNESSE COMBATTANTE DU TOGO!

Le 05 Octobre 2000, notre génération a bouclé une décennie de sa descente dans les rues pour signifier son ras-le-bol au despotisme sanguinaire sous lequel ploient le Togo et le Peuple togolais depuis 1963. Chers Collègues, Dix ans! La route a été longue, très longue et semée d’embûches de toutes sortes. En ce jour, nos pensées les plus pieuses vont aux pionniers de la lutte pour l’indépendance et aux milliers de nos camarades combattants de la Liberté tombés au champ d’honneur pour la dignité du Togo! En ce jour solennel, nous renouvelons notre serment de rester fidèles à l’idéal pour lequel ils sont tombés.

L’Oppression se nourrit du silence… et de l’inaction.

Les organisateurs de la présente commémoration m’ont sollicité pour apporter ma contribution à cette célébration en relatant ce que mes camarades et moi, incarcérés il y a 10 ans, avions fait, avions subi et vu pendant ces chaudes périodes de la contestation du Système R.P.T. (Rassemblement du Peuple Togolais, parti unique, parti-État).
LE CONTEXTE MONDIAL

Tous les Togolais se remémorent aisément les conditions dans lesquelles de 1989 à 1990, il y a 10 ans, la Perestroïka de Michaël Gorbatchov a donné un coup d’aiguillon au cheval de la Restructuration des Républiques Soviétiques, consacrant ainsi leur démantèlement et avec elles, la désintégration des démocraties populaires. Tous les Togolais se rappellent aussi aisément comment les démocraties populaires, les unes après les autres, tournèrent le dos au Communisme.

Nous nous remémorons le miracle béninois de l’Alternance avec le Président Kérékou, emboîtant le pas aux Senghor et Obassanjo. Puis le modèle Ghanéen de démocratisation qui, après les révolutions du 4 Juin et du 31 Décembre avec le P.N.D.C., ouvrait la voie au pluralisme démocratique initié par le Président John Jerry Rawlings, lui-même acteur principal des deux révolutions ghanéennes. Si l’effondrement du bloc communiste et le démantèlement des démocraties populaires ont eu pour conséquence en Afrique, la mise en cause des systèmes politiques monolithiques issus des indépendances, et si certains dictateurs plus habiles et moins obscurantistes, ont mis de l’eau dans leur vin en essayant de se donner des assises populaires, d’autres par contre ont vissé leurs systèmes et renforcé leurs pouvoirs. Au Togo, on a essayé de se donner bonne conscience par la mise en place de la C.N.D.H. (Commission Nationale des Droits de l’Homme) que le chef de l’État finançait et contrôlait. Une Commission de 106 membres devait faire office de constituante dans le dessein de tailler un texte fondamental sur mesure; du vernis démocratique dissimulant aux yeux de la Communauté internationale, un régime d’acier qui fait main basse sur nos libertés et sur tout le patrimoine économique togolais. Par exemple, il est impossible de faire la démarcation entre les caisses de l’État et celles du R.P.T. De même, il est difficile de dissocier le patrimoine du chef de l’État de celui de l’État. Conséquence logique: le chef de l’État distribue à profusion de l’argent à ses courtisans, achète des encarts de propagande dans la presse internationale et sur les ondes internationales, ainsi que la conscience des jeunes affamés fabriqués par le système.
POUR UN ÉVEIL DES CONSCIENCES: L’ALTERNATIVE

Permettez-moi avant toutes choses de faire référence à ce document. L’Alternative est un pamphlet de 47 pages qui se veut le Manifeste de la Convention Démocratique des Peuples Africains (C.D.P.A.). Il a été rédigé avant le transfert de la Direction de la C.D.P.A. au Togo. Mis en circulation depuis avril 1984, sa diffusion ne fût que clandestine, pour un minimum de sécurité à ses initiateurs. Ce sont ces documents retrouvés dans les valises de Godwin Tete Adjalogo en 1989 à l’aéroport de Port-Bouët à Abidjan, qui ont été à la base de son arrestation, et de la déportation du Professeur Daniel Kueviake vers Dakar puis vers Paris en 1989-90.

Il est écrit dans l’introduction à l’Alternative ce qui suit:

“Un régime de dictature oppresse notre pays pendant plus de vingt-cinq (25) ans maintenant. En fait mis en place dès 1963, il s’est emparé de l’appareil d’État en 1967, afin de mieux poursuivre l’asservissement du peuple. L’absence totale de débats libres et contradictoires sur la chose publique, sur les orientations imprimées à l’économie, sur les choix qui déterminent fondamentalement le destin de la société tout entière. Une absence totale de toute liberté d’expression et un terrorisme d’État pour tenir le pays en respect. La moindre tentative d’émettre une opinion différente fait l’objet d’une répression brutale.C’est l’écrasement intolérable par un pouvoir personnel autocratique. Il en est résulté une évolution désastreuse du pays, au plan économique comme au plan moral et spirituel.

Les conditions matérielles d’existence se sont profondément désagrégées. La jeunesse est déboussolée et soumise à une dépravation dangereuse, les femmes et les hommes ont perdu toute foi dans l’avenir. Quelques concitoyens avaient cru dans les vertus du Parti unique monté et imposé au Peuple par le régime pour continuer la confiscation civique au mépris de la volonté populaire. Le système a totalement dévoilé ses limites maintenant. Plus personne ne se fait plus encore d’illusions, pas même ceux qui continuent d’en assurer le fonctionnement…

L’autocratie doit céder la place à la démocratie et au respect réel des droits de l’homme et du citoyen…”

 

LA JEUNESSE VERS UNE STRUCTURE DE LUTTE

C’est dans une telle configuration nationale et internationale qu’au sein d’un cercle d’amis composé en majorité d’étudiants (togolais, béninois et jeunes expatriés français de gauche), nous décidâmes de dépasser la passivité et la résignation ambiante pour partir à la recherche d’une structure de combat. L’humiliation faite par le pouvoir en 1977 à certains de nos enseignants à l’époque était indigérable pour certains étudiants comme nous. Aussi, au lieu d’importer les littératures rebelles d’éveil de conscience, nous sommes-nous dit que nous pouvions les confectionner et distribuer sur place, mais sous une direction idéologique qu’il fallait aller chercher. Pour ce faire, je profiterai d’un séjour en France pour rentrer en contact avec quelques membres du directoire de la C.D.P.A. Après les premiers tests de confiance, des réunions préliminaires nous rassemblèrent une, deux ou trois fois avec des membres à des degrés divers du directoire. Dès mon retour, nous nous mîmes à l’œuvre.
- Organisation de cellules de trois à cinq membres par quartiers, lycées, collèges, par emploi, par amphi, par villages…
- Textes proprement mis en forme précise, concis et signés de la C.D. P.A. et avec toujours en ouverture, la mention: “L’oppression se nourrit du silence … et de l’inaction.”
- Mise en œuvre de techniques de distribution sans oublier la culture de certains réflexes en cas d’arrestation ou de torture, méthodes de prédilection des services de répression du despote togolais.
LOMÉ DEVENUE PÔLE D’AGITATIONS SANS STRATÉGIE DE CONQUÊTE DU POUVOIR

Nous serons treize (13) activistes de la C.D.P.A. et du M.E.L.D. (sa branche estudiantine) arrêtés le 23 août 1990. En vérité, l’immédiate période précédant notre arrestation était caractérisée par des agitations que nous localiserons en trois niveaux pendant que les tracts de la C.D.P.A. agrémentaient allègrement l’atmosphère d’ensemble:

1°) Une série d’agitations purement intellectuelles était colportée du campus universitaire de l’U.B. (Université du Bénin), au C.C.F. (Centre Culturel Français) et parfois à l’Institut Goethe.
Les acteurs étaient les enseignants et les étudiants de l’U.B. parmi lesquels:
- Adamah
- Mawuli Kouakouvi
- Togoata Apedoh-Amah
- Gbikpi
- Amelavi Amelah
- Claude Kangni Alemdjrodo
- Josué Kossi Efoui
- Camille Amoros (Jeune Dramaturge Béninois)
Agitations sous forme de conférences aux thèmes très audacieux (par rapport au système politique), de débats très passionnés qui dissimulaient mal les envies des universitaires de “crever l’abcès”, mais comment? C’est pour cela que je parle “d’absence de stratégie d’atteinte au statu quo politique”.

2°) Le campus lui-même est un vivier d’étudiants contestataires, admirateurs de leurs enseignants que nous comprenions à demi-mot dans les amphithéâtres des facultés de droit, des lettres, de philo, sans oublier l’I.S.P.E. (Institut Supérieur de Presse du Conseil de l’Entente. Norbert Zongo est passé par cet institut ouvert en 1979; l’institut fermera après trois promotions seulement), malgré les gesticulations de 1′A.E.T.B., du MONESTO et de l’AMEMTO, associations inféodées au pouvoir autocrate.

3°) L’autre pôle d’agitation est le barreau de Lomé à cause des nombreux activistes de l’Université qui s’y sont déversés.
UN OURAGAN DE TRACTS SUR LE PAYS

Notre travail d’implantation des cellules de la C.D.P.A. a été doublé de celui de distribution des littératures subversives. “Tant qu’il y aura Babylone (l’oppression), il y aura la rébellion” (Bob Marley). Nos premières littératures étaient manuscrites et s’attaquaient aux caciques du R.P.T. (Laclé, Amégbo, Mivédor) et autres détourneurs des deniers du trésor togolais.

Par la suite, elles dénonceront les sorts du Commandant Raphaël Fiati et du Colonel Seyi Memene, les mesures injustes qui frappaient la vente du sodabi (alcool de palme), les sévices contre les paysans du Yoto au sujet de la chasse dans les forêts dites classées. Elles réclamaient la Conférence Nationale Souveraine, la libération de Nayone que nous croyions avoir été kidnappé à l’époque par les services spéciaux du “Boss”.

Au départ, le cercle originel était fermé et se limitait à Josué Kossi Efoui, Max (un étudiant béninois), et moi-même. Nous vivions dans un pays dangereux. Nous ne mésestimions pas les risques que nous encourions. Seulement, l’enjeu était noble et de taille, et valait le risque. Toutes les précautions étaient de mise. Progressivement, notre cellule originelle qui assumait la coordination, s’élargira à Doglo Tino Agbélenko et à Gustave Ablam Ahadji.

Après un an, les tracts de la C.D.P.A. étaient devenus célèbres à Lomé et circulaient pratiquement dans toutes les poches, tous les cartables et dans les tiroirs des bureaux. La coordination s’est dotée d’une machine à écrire et s’élargit à Hope Ketomagnon Kalepe, étudiant en fin de 2e cycle de philosophie. Nous concevions les textes que Tino mettait impeccablement en forme. Nous les dispatchions aux têtes de cellules et la distribution se faisait à moto le même jour, à la même heure dans les zones respectives dont chaque tête de zone avait la responsabilité. Toutes les institutions étaient ciblées: les marchés, les églises, les couvents, les ministères, le CASEF, le campus, les bureaux publics comme privés, les amphithéâtres, les villas d’étudiants. Fin 1989, nous passerons à la vitesse supérieure dans notre travail de subversion, en créant, sur l’initiative de Josué Efoui, le M.E.L.D. (Mouvement Etudiant de Lutte pour la Démocratie) présidé par Koffi Donani et plus tard par Yovodevi Firmin Têko Djollé. Avec la création du M.E.L.D., notre objectif de couvrir toute l’étendue du territoire de nos mots d’ordre avaient, été atteint. Nos camarades étudiants ressortissants du Nord Togo couvraient en un seul voyage, toute la moitié septentrionale du pays et nous couvrions le reste.

Après le sommet de la Baule et le discours du Président français François Mitterrand, et aussi après le 7e conseil national du RPT, nous avions augmenté nos productions de photocopies grâce aux relations que nous avions pu tisser dans les ministères, les librairies et autres bureaux, tant dans les services publics que privés. Ah!! Quelle délectation! Nos tracts, sans être mensongers, deviendront volontairement corsés et provocateurs, surtout lorsque des commissions des membres du Bureau Politique et du Comité Central du RPT sillonnaient les préfectures pour raconter aux populations du Togo profond que “Démocratie, multipartisme et liberté d’expression n’étaient pas bons pour eux” et que c’était le retour en force des ‘Ablodé Sodja‘ pour les mater. Nos littératures ont dénoncé ces mascarades médiatiques maquillant les convictions profondes des Togolais. Tout le monde sait que dans un contexte où la parole est embrigadée, les tracts fleurissent. Nous y sommes allés de plus bel.

Les conditions des assassinats des Lanzo, Akoné Adoté Orner, Laurent Djagba, l’incarcération de Mèmène, les mésaventures de Abotsi Kinikini et de sa cousine la sœur Delphine Gaffa…

Pour avoir pris la parole, pour nous être exprimés sur la manière dont la cité togolaise est gérée, nous serons, mes camarades et moi, arrêtés le 22 août 1990 entre 19 heures et 02 heures du matin. Et pourtant, la déclaration universelle des Droits de l’Homme trônait en bonne place dans leurs ministères, leurs salons, et leurs bibliothèques. Mes camarades, ce sont:
1. Aboley Laurent
2. Aboley Paulin
3. Ahadji Gustave
4. Efoui Kossi Josué
5. Doglo Agbélenko
6. Alpha Boda
7. Kara Koro
8. Ouyi Nabine
9. Kalepe Hope
10. Sassou
11. Yovodevi Firmin

Josué Kossi Efoui, Doglo Agbélenko, Aboley Laurent et Paulin et moi-même Hilaire Dossouvi Logo, avions été torturés mortellement avant que Doglo et moi-même ne comparaissions devant le tribunal correctionnel de Lomé, le 21 septembre 1990.
LE 21 SEPTEMBRE 1990 OU LA JOURNÉE D’UNE LEÇON DE COURAGE ET D’AUDACE

Le public loméen a en mémoire quelques procès politiques qui avaient défrayé la chronique dans un passé récent. Cette matinée-là, les loméens avaient donc fait le déplacement du palais de justice de Lomé pour venir gémir sur le sort “d’égarés repentants venus pleurnicher leur mea-culpa au ‘guide éclairé’”. Rien n’y fit! Ici se trouve le reportage intégral de Dorsinville qui couvrait l’événement pour l’Hebdomadaire “Forum Hebdo” N°11 du 28 Septembre 1990.

«Affaire des tracts – Le Procès LOGO – DOGLO

Le vendredi 21 Septembre 1990, les habitants de la capitale ont pris d’assaut très tôt le matin, les abords du Palais de Justice de Lomé. Et pour cause: un procès allait s’y dérouler. Celui de Logo Dossouvi et de Doglo Agbélenko, prévenus d’outrage et complicité d’outrage envers les représentants de l’autorité publique. Pour ceux qui ne seraient pas dans le coup, il s’agit de l’affaire des “tracts mensongers”. De fait, une affluence inhabituelle qui tranche avec la désaffectation régulièrement affichée par les justiciables vis-à-vis d’une institution à laquelle nombre d’entre eux ont cessé de croire depuis qu’ils pensent à tort ou à raison que leurs juges sont sous les bottes du pouvoir.C’est que dans ce pays, les affaires de tracts dégagent toujours une odeur particulière. Elles font un bonheur éphémère des amateurs de sensationnel.

Et pourtant, ce jour-là, on allait parler de choses sérieuses: l’honneur et la dignité du chef de l’État qui doivent être protégés, comme ceux de tout citoyen. On allait parler de tortures… On attendait que des débats, sorte enfin la vérité sur une question à laquelle les Togolais se sont montrés sensibles et qui a révolté et indigné plus d’un. Car, par-delà toutes les controverses, dès que la justice est saisie, seule la vérité judiciaire compte, d’autant que la justice est indépendante, c’est-à-dire des juges responsables et dégagés de toute pression et une défense totalement libre. C’est cette vérité là que la foule traquait et elle l’a eue! Dès l’ouverture, le Président Agbetomey attaque un morceau à sa mesure. Fidèle à lui-même, il conduira les débats avec sérénité mais aussi avec ce sens de l’humour qui sied aux procès historiques et font les grands magistrats. À sa droite un procureur qui n’entend pas s’en laisser conter. Pour lui, il faut s’en tenir aux faits, c’est-à-dire au dossier, il redoute un éventuel glissement du débat sur le terrain politique.

La défense, non moins décidée et pour une fois d’accord avec l’accusation, se cantonnera aux aspects strictement juridiques du dossier, malgré quelques considérations extra-juridiques inévitables dans ce genre de procès qui tiennent aux mobiles qui ont inspiré les prévenus. Question d’efficacité sans doute! La suite des débats montrera que la défense a eu raison de plaider utile, c’est-à-dire le dossier, rien que le dossier.

Le Président donne lecture des chefs d’accusation: “Outrage par écrit et injure envers les représentants de l’autorité publique (Chef de l’État) avec la circonstance aggravante d’avoir été diffusé publiquement”. “Faits prévus et punis par les articles 140 et 141 du code pénal: 5 ans d’emprisonnement. Le maximum de la peine prévue et de fait requise par le Procureur de la République au terme d’un réquisitoire plutôt expéditif. Logo Dossouvi, principal inculpé, ne reconnaît pas les faits. Ni diffamation, ni outrage, ni injures envers le Chef de l’État, protestera-t-il en parlant à la première personne du pluriel. Un “nous” que récusera le Président du tribunal et sur lequel reviendra le prévenu sous les rires du public, comme pour marquer qu’il s’agit d’une démarche collective.

Si l’interrogatoire d’identité restitue à Logo Dossouvi son état de journaliste, il fait en revanche passer son co-inculpé Doglo Agbélenko pour chaudronnier, ce qu’il n’est pas et le fait savoir au Président Agbetomey, qui lui lance: ” Alors on rectifie?”. “Si vous voulez” fut la réponse de l’autre (rires). Tout va donc bien et le public apprend que Doglo est employé de commerce. S’il reconnaît avoir aidé à la mise en forme du tract incriminé en le dactylographiant, il ne reconnaît nullement avoir participé à un outrage envers qui que ce soit. Alors, le Président du tribunal de proposer la lecture du tract incriminé pour un exercice de sémantique avec les inculpés. Le magistrat lit et relit les passages clés de cette littérature revendiquée par “Convention Démocratique des Peuples Africains” (C.D.P.A.-TOGO), parti d’opposition dont les inculpés disent partager les idéaux.

L’intitulé du tract “Les méthodes du Boss” – Dossier N°0 ” – Première et deuxième parties. Décidément le magistrat et ses interlocuteurs du jour ont du mal à s’entendre sur la notion d’injures et outrage. Le Président du tribunal ne ménage pas sa peine pour rallier ses vis-à-vis. Là où il y a injure, les prévenus ne voient qu’une simple dénonciation du système et de ses injustices, ses gaspillages, son clientélisme et la corruption qui le minent. Le Président tantôt démocrate: “Personne ne vous interdit d’exposer vos idées mais l’attaque personnelle, …” et de faire observer que le Chef de l’État est nommément cité dans le tract. Pour Logo Dossouvi, il n’est nommé que parce qu’il incarne un système qui s’identifie à lui et de protester de sa bonne foi.

Alors le Président croit avoir compris et suggère: “Pourquoi n’avoir pas remplacé “Eyadema” par “Système”?”. “Il y a donc injure”, conclut le Président. Ce que niera toujours Logo Dossouvi pour qui, dénoncer un système n’est pas injurier ses tenants.

Le Président, avec malice, cherche à piéger Dossouvi en procédant à l’appel de son nom; l’autre respectueux, répond: “Monsieur le Président”, lequel se fait pédagogue en faisant remarquer; “Je n’ai pas appelé C.D.P.A. “. Réplique de Dossouvi qui invoque son ancêtre “MAO” qui selon lui désignait un système …

On s’enlise dans un dialogue de sourds. Le Président le sent et décide d’attaquer sous un autre angle. On poursuit la lecture du tract où il est question de la robe de Soeur Delphine Gafa… Le Président: “C’est le système qui s’intéresse à la robe?” Réponse de Logo Dossouvi par une série de considérations sur les mœurs des dignitaires du système (entretien de plusieurs maîtresses, débauche de luxe). Alors le Président à Logo Dossouvi: “Avez-vous une maîtresse?”. L’inculpé est trop pieux pour en avoir… Pas de chance!… Pour le Président, l’outrage est contenu dans les termes utilisés; pour Logo Dossouvi, ces termes sont utilisés pour dénoncer le système et à travers lui, une certaine réalité. Il demande alors la comparution de Abotsi Kinikini, cet ancien préfet déchu pour braconnage et sans travail depuis, malgré sa réhabilitation par la cour d’appel du Togo. Pour les prévenus, un cas d’injustice dénoncé dans le tract…

Sur les mauvais traitements qu’ils ont subis, l’on apprend que les tortionnaires voulaient leur faire dire à tout prix que Me Agboyibor a participé à la fabrication du tract et le ministre Agbéyomé et Mes Koffigoh et Gally étaient au courant. Moment de stupéfaction! Logo précise qu’il a été obligé de mentir après un moment de syncope. Un moment d’émotion intense, lorsque racontant, les sévices qu’il a subis, il éclata en sanglots à trois reprises…

Et lorsque le Procureur s’étonne qu’on ait jeté le tract chez Me Agboyibor, Logo lui fait remarquer que le même tract a été distribué chez d’autres citoyens. Sur la Convention Démocratique des Peuples Africains (C.D.P.A.), Logo Dossouvi s’explique sans détours: un mouvement d’intellectuels togolais de la diaspora, des hommes de dialogue soucieux du développement de leur pays; bref le contraire d’une organisation ennemie qu’on veut y voir. Le prévenu rappelle le manifeste de la C.D.P.A., “l’Alternative” et sa lettre ouverte adressée en son temps au Chef de l’État. Habile et bon joueur, Logo Dossouvi rappelle l’opposition déclarée du Président Eyadema au Parti unique, c’était le 12 mai 1967. Et de relever une concordance de vue entre lui-même et le Chef de l’État sur ce point. Une fois n’est pas coutume.

Doglo Agbélenko ne sera pas non plus épargné par les tortionnaires. Des perquisitions à des heures interdites par la loi. Des arrestations irrégulières. Bref, les lois foulées aux pieds. Il n’y a plus de sécurité pour les citoyens lorsque ceux qui ont pour mission de protéger l’ordre public en bafouent allègrement les règles protectrices. On utilise les noms des parents pour tromper les citoyens, et mieux se saisir de leur personne au milieu de la nuit avec tous les risques qu’on imagine aisément. Il expliquera qu’il est arrivé à la C.D.P.A. par conviction, suite à une injustice qui l’aura marqué définitivement. Major de sa promotion au baccalauréat en 1983, il n’aura pas droit à une bourse d’études à l’étranger ou à l’Université du Bénin, contrairement à d’autres, moins méritants.

Le Procureur tente de justifier les perquisitions nocturnes, mais de toute évidence il s’appuie sur un texte mal choisi. Un point de marqué pour la défense, qui pousse l’avantage et demande à connaître les dispositions légales qui autorisent des interrogatoires de 23 heures à 6 heures du matin et la pratique de l’électrochoc… Le Procureur répond que des sanctions ont été prises sur ce point… dont acte. Le public manifeste son indignation par des sifflements prolongés… Les nombreuses manifestations d’humeur obligent le Président à de fréquents rappels à l’ordre au point que sa voix s’éteint. L’on craint pour la suite du procès. Le Président demande au public de l’aider à échapper à l’atonie. Accordé à votre honneur. C’est au tour des témoins cités par l’accusation de déposer. Onze au total. Nous retiendrons les deux seuls qui cristalliseront l’intérêt de la défense et du public parce qu’au centre d’une controverse ces jours-là sur la spontanéité de leurs déclarations ou écrits.

Efoui Kossi, un rien fringant, un style genre “faites l’amour pas la guerre”, l’idole d’une certaine jeunesse à qui il le rend bien par une salutation en signe de V comme victoire. Etudiant en philo, il se présente comme un ami et un camarade de lutte des prévenus. Il dit partager les idéaux de la C.D.P.A. dont les exigences de liberté précisera-t-il, rencontrent ses propres préoccupations. Ici aussi, le scénario est le même pour l’arrestation et la perquisition; selon son expression, il découvre dans une villa à Akodésséwa le “joujou” grâce auquel on espère le faire parler le lendemain. Libéré le lundi suivant, il décide d’écrire à Amnesty International sur les horreurs dont il croyait son pays guéri. Mais le Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité est là pour l’en dissuader. Qu’à cela ne tienne, on met voiture et escorte à sa disposition pour tenter de récupérer le document à la faveur d’un tour de la capitale… Peine perdue.

Le témoin déclarera avoir été “savonné” à une séance de travail au Ministère de l’Intérieur, car précisera-t-il, pour le Ministre, “On n’a pas le droit de salir le pays en disant qu’il y a des tortionnaires”. Sur une pression qu’il n’a pas eu de mot pour décrire, le témoin affirmera avoir été contraint d’adresser un démenti au Ministre de la Culture. Efoui Kossi terminera sa déposition en confirmant avoir été légèrement torturé, malgré l’absence de lésions ou traces visibles. Il l’a dit devant toutes les commissions médicales ou autres.

L’autre témoin-clé de ce procès Kalepe Kodzo, celui par qui le malheur est arrivé. Visiblement, il n’est pas à l’aise. Il se refuse à déposer, mais c’était sans compter avec la défense; celle-ci, par la voix de Me Dossou du Barreau de Cotonou, menace de faire inculper le témoin pour faux témoignage par omission. On sent le Procureur embarrassé; lui et ses services ont une dette envers Kalepe; alors c’est trop lui demander.

La défense maintient sa demande et accroît sa pression. Le Président tente de mettre le témoin en confiance; mais Kalepe est hésitant: il a peur d’aller à la soupe du tribunal, peur de devoir rendre compte. À qui? On ne va pas tarder à le savoir. Me Gally se mue en psychologue; il a compris que le témoin ne pouvait se mettre à déposer de but en blanc comme on l’y invitait; il fallait l’aider par des questions précises, en somme, lui donner un motif légitime pour rompre le contrat de silence qui lui pesait tant.

A une question de Me Gally, le témoin explique qu’après ses déclarations à la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) et à la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), il a été convoqué devant un conseil des aînés de sa préfecture. Invité à dire ce qui s’est passé à ce conseil, il répondra “Je ne vais pas vous apprendre comment ces choses se passent dans ce pays”. (Mouvement d’impatience dans la salle). Auparavant, il admet avoir participé à la rédaction du tract “Les Méthodes du Boss”, à la surprise du public qui s’étonne qu’il ne soit pas inculpé lui aussi.

A une autre question, le témoin indiquera que “pour des raisons personnelles qu’il n’a pas à préciser, il rétracte tout ce qu’il a dit avant”. Ce témoin sera encore plus catégorique en déclarant “qu’il n’est pas responsable des déclarations du Ministre de l’Intérieur et que ce que déclare le Ministre n’engage que lui seul”. Pris dans cette chape de plomb de la Défense, le témoin indique à la surprise générale, la tenue de deux conseils, l’un chez M. Amega Atsou, Président de la Cour Suprême, l’autre chez M. Amados, Député et animateur national; il a été ensuite conduit devant le tribunal du village: dès lors, s’est déclenché selon lui, un processus qu’il n’a pu contrôler. On a compris qu’il a été manipulé. Et retrouvant le sens de l’honneur qu’on a essayé de lui faire perdre, il fait savoir solennellement et publiquement, devant Dieu et devant les hommes qu’avant ce jour, il n’a jamais eu de contact direct avec Me Koffigoh, qu’il ne connaît que par les journaux précisera-t-il. Et de conclure qu’il n’a jamais subi la moindre pression de Me Koffigoh.

Cette déclaration du témoin a fait l’effet d’une bombe. Toute la salle la reçoit comme un désaveu des tentatives entreprises depuis le 17 Septembre pour nier la réalité de la torture et déconsidérer la Ligue Togolaise et son Président.

On pouvait croire le procès terminé et la relaxe de Dossouvi et Agbelenko acquise. Mais non! Le Procureur ne voulait pas donner un quitus à Kalepe à qui il ne semble pas pardonner d’avoir dit la vérité. Alors le Procureur se fait menaçant et veut démasquer son allié de la veille.

Question du Procureur au témoin: “Qui a porté les faits à la connaissance des autorités?”
- Le témoin paraît ne pas le savoir.
- Le Procureur: Si! … il le sait bien, qu’il réfléchisse …
- Le témoin: “Le Procureur l’accuse-t-il d’avoir trahi ses camarades de lutte?”. II maintient de n’avoir pas informé les autorités.
- Le Procureur: “Certes, les tracts circulent en ville. Mais interroge-t-il, pourquoi n’a-t-on pas débarqué chez le Président Agbetomey puisque les tracts circulent en ville et que tout le monde les possède?”
Le Procureur à l’adresse du tribunal et du public: “puisque le témoin a commencé de dire la vérité qu’il continue”.
- Le témoin: “Je n’ai pas de réponse à la question du Procureur”.
Pour le Procureur, cette attitude frise l’insolence; alors il accuse le témoin d’avoir dénoncé ses camarades; pour lui, la police ne s’est pas retrouvée un matin comme cela à l’adresse précise des personnes interpellées.
- Le témoin: “Qu’on me rapporte la preuve de ma trahison”.

L’injonction du témoin n’aura pas eu de suite mais tous les doutes viennent d’être levés. Après une suspension de séance, c’était au Procureur de requérir. Pour lui, Logo Dossouvi est l’instigateur. Il cite Kalepe qui avait déjà revendiqué la paternité de la rédaction du tract et sa participation à la distribution à partir des notes de Logo Dossouvi qui lui donnait la conduite à tenir. Pour le Procureur il y a intention criminelle et celle-ci est confortée par la publicité faite au tract par ses auteurs. Selon le Procureur, les faits reprochés aux prévenus sont établis juridiquement, II requiert cinq (5) ans de prison pour chacun des accusés.

Aux considérations juridiques du Procureur, la Défense opposera les siennes avec à l’appui, toute une série de pièces et de décisions déjà rendues par les tribunaux dans des affaires similaires. Pour la Défense, cette nouvelle affaire ne fait pas exception à la règle tracée par les tribunaux. Les conseils des prévenus estiment que les conditions du délit ne sont pas réunies. Pour le bâtonnier Robert Dossou, ce procès est aussi inopportun et non fondé qu’irrégulier. Il déplore que l’on ait maintenu les poursuites en dépit des vérités établies par les débats.

Auparavant, Me Aquereburu a réclamé l’annulation de la procédure pour les irrégularités qu’elle contient, citant à l’appui les traités et conventions signés par le Togo.

Me Apevon pour sa part, dénoncera la provocation dont sont victimes selon lui ses clients.

Quant à Me Gally, il se fera le plus politique des avocats de la Défense. Il dira sa honte de plaider un procès politique¯ mais aussi sa fierté d’avoir toujours défendu la CNDH depuis sa création, il rappelle les propos du Chef de l’État contre la torture et appelle des ses vœux un changement pacifique sous la houlette du Président Eyadema.

Il ne restait plus au Président Agbetomey qu’à lever la séance, après avoir annoncé que le jugement sera rendu le 05 Octobre.»

« La capitale togolaise à feu et à sang, signe d’un certain ras le bol chez la jeunesse – Un reportage de K. Akpadzaka (“Courrier du Golfe” 49 du 16-30 Oct. 1990)

Vendredi 05 Octobre à Lomé. C’était un coin du bilan. Les coups de canon en moins, même s’il y a eu quelques coups de feu qui ont fait des morts. Le bilan de la violente manifestation de cet Octobre noir se chiffrerait, selon un communiqué officiel, à “quatre morts, trente-quatre blessés et d’importants dégâts”.II était 8H40 quand les militaires intervinrent. Les gardiens de préfecture dont le nombre augmentait régulièrement, n’étaient plus en mesure de contenir la foule de plus en plus remuante. Quand celle-ci quitta le palais, les premières colonnes de fumée noire de véhicules incendiés montèrent vers le ciel.

Les auditeurs qui occupaient encore le palais de la justice furent chassés sans ménagement, tandis que les avocats de la défense dans leurs robes noires prenaient le chemin de la présidence toute proche. On aurait dit un cortège funèbre. Partout en ville, c’est le sauve-qui-peut. Les commerçantes ont détalé, laissant leurs étalages. Les manifestants ont incendié ou saccagé plusieurs commissariats et postes de police, et ne paraissaient viser que les véhicules administratifs et les bâtiments publics en priorité.

Pendant que les gens détalaient dans tous les sens, la foule des manifestants grossissait et déferlait telle une vague, irrésistible comme un rouleau compresseur que nul ne saurait arrêter sans être emporté. Les commissariats de police du ler arrondissement (près du cinéma Rex), du 3e arrondissement (route de Bê), du 7e arrondissement (à Bê-Kpota) non loin du bar Blanc-Blanc, de l’Aéroport, la division des renseignements généraux ont été incendiés ou saccagés. Les archives brûlées, les meubles détruits ont été “remplacés” par des ordures. Des prévenus ont été libérés ça et là; l’annexe du trésor de Bê a été saccagée. Saccagé également le nouveau poste de la gendarmerie, juste au niveau de l’aciérie au lieu dit Kagomé.

Ces événements du 05 Octobre dernier n’ont pas de précédent dans l’histoire nationale. Même lorsque l’on remonte à la période coloniale, jamais des Togolais n’ont manifesté une telle colère face au pouvoir de leur pays.

Les manifestations de ce vendredi ont été d’une violence qui a surpris plus d’un et invite chacun de nous à la réflexion. Pour notre part, nous ne croyons pas à la violence; nous la condamnons fermement, de quelque côté qu’elle vienne. Ainsi, avons-nous dénoncé la torture des prévenus dans les affaires des tracts. Ceux qui ont pris à travers notre continent, l’habitude sadique de torturer pour obtenir des aveux, doivent comprendre qu’il s’agit de faits extrêmement graves qui hypothèquent l’avenir de leurs pays. Celui qui torture est un assassin potentiel; et celui qui assassine, suscite inévitablement la violence; et la violence, expression la plus détestable de la haine, conduit à la destruction des hommes, des biens, de l’État (cas du Liban) et à la division nationale. Mais la question reste posée: “Comment en sommes-nous arrivés là?” Nous étions au Palais de justice ce jour pour suivre le verdict du procès Logo Dossouvi. L’atmosphère survoltée qui y régnait présageait déjà de ce qui pouvait arriver.

Au tribunal, rien ne prouvait que les jeunes qui réclamaient la libération des accusés étaient des étrangers; ce n’était pas seulement l’ancien hymne national “Terre de nos aïeux” qui était chanté. Ils ont également entonné des chants de prière “Fofo si Nsele”. Au cours des manifestations, des armes ont été prises à des policiers. Comment ces jeunes qui ont pu déferler sur plusieurs kilomètres, n’ont-ils pu être interceptés avant d’atteindre leurs cibles dont certaines sont distantes d’environ dix kilomètres?

Nous constatons qu’une nouvelle étape a été franchie dans les relations socio-politiques de la vie nationale. II faut craindre que cela ne dégénère. Si nous en croyons les radios étrangères, le Barreau de Lomé, les avocats, soutiennent dans leur majorité que les manifestants de ce vendredi étaient des nationaux. Les émeutes du vendredi 5 Octobre sont l’expression saillante du climat de malaise politique au Togo. Ceux qui étaient au palais de justice étaient des Togolais. Si ces jeunes ont autant de partisans en ville pour être soutenus dans leurs marches macabres du “VENDREDI NOIR”, il est temps qu’on les écoute, qu’on les comprenne en dialoguant avec eux. Ne nous enseigne-t-on pas que le RPT (Parti Unique) prône le dialogue et accepte les “tendances” en son sein? II faut faire vite, afin d’arrêter la marche du mécanisme de la violence qui conduit à la catastrophe nationale.

Le Togolais est un homme foncièrement pacifique; mais la légende qui fait de lui un “poltron”, voire un “mouton”, a vécu. Il serait maintenant impossible d’affirmer que “rien ne se passe au Togo”. Lors des débats à l’Assemblée Nationale l’autre jour, un député a dit à l’adresse du Ministre de l’Environnement et du Tourisme, après avoir exposé sur les activités de son département, qu’il avait ressassé un lieu commun. Le problème qui intéresse le peuple aujourd’hui devait-il ajouter, c’est le débat sur la démocratie. On a fait comme si cet élu du parti unique, qui faisait preuve d’un rare courage et de lucidité malgré tout, n’avait rien dit.

Dans une atmosphère malsaine, caractérisée depuis plusieurs mois par des rumeurs sur l’instauration du multipartisme ou l’acceptation des “tendances” au sein du parti unique, lesquelles restent introuvables, les responsables politiques vont multiplier les erreurs. Le dernier en date est le procès intenté aux militants de la C.D.P.A. (Convention Démocratique des Peuples Africains) dont se réclament Dossouvi Logo et Agbélenko Doglo.

Ce procès n’aurait dû jamais avoir lieu. Il a permis aux accusés, applaudis en permanence dans le prétoire, d’apparaître comme des héros, tandis que le parquet était ridiculisé et l’État mis à nu. Que pouvait-on faire ce 21 septembre? Condamner (le Procureur avait requis 5 ans pour chacun des accusés) ou relaxer comme le réclamait la Défense? L’ambiance était surchauffée au tribunal. Le Président prudent met le jugement en délibéré. Le 5 Octobre, le délibéré devait être vidé.

Très tôt le matin le tribunal était noir de monde. Quand les accusés firent leur apparition peu avant 8H30, seules les robes noires des avocats avaient envahi la salle d’audience. De magistrats, point. La foule remuante criait “Libérez-les; libérez-les” et proclamait les slogans invitant au “Multipartisme”, à la “Démocratie” à la “Liberté”. Elle ne demandait rien moins que “25 partis; 25 partis” et enchaînant: “A bas le RPT” (Parti Unique au pouvoir), “A bas le MONESTO”. Et comme si tout cela ne suffisait pas, la foule s’est mise à chanter l’ancien Hymne national «Terre de Nos Aïeux» interdit à l’époque par le RPT au pouvoir.

Les gardiens de préfecture de plus en plus nombreux, sont débordés et prennent position dans le prétoire pour contenir la foule. La machine est lancée. “Qu’ils viennent avec leurs chars”, lance un étudiant dans la salle inondée de tracts manuscrits dont certains sont signés de “partis’” jusqu’ici inconnus!

A 8H30 l’Armée est là. Pas encore avec les chars, mais avec des fusils. Elle charge; il y a des blessés. Des gens se sont évanouis. Remue-ménage. Les avocats quittent le tribunal pour aller protester auprès du Procureur général. Ils se rendent à la présidence peu après. Quel gâchis pour notre pays!

Alors les destructions ont commencé en ville. La foule, chassée du prétoire, a envahi les rues, s’enflant comme un gros ballon, comme un immense et long serpent, d’un carrefour à un autre. Des voitures sont incendiées, des commissariats saccagés ou incendiés, et des documents détruits; quel gâchis!

Pendant combien de temps les chars demeureront-ils au garage? Nul ne peut plus le dire, si les manifestations et les destructions se poursuivent. Une chose est certaine: depuis l’affaire des tracts rien ne sera plus comme avant.

Il appartient aux dirigeants de prendre la mesure des événements et de comprendre que le temps du monolithisme incandescent qui ne tolère aucune différence est bel et bien terminé.»

Les deux reportages qui précèdent ont rendu compte assez fidèlement de l’atmosphère d’ensemble de ces 3 mois de notre arrestation, des mauvais traitements atrocement perpétrés contre nos personnes, de notre audace au procès du 21 septembre et comme corollaire, la révolte des jeunes le vendredi 5 Octobre. De toutes choses, la férocité avec laquelle les frères Aboley, Doglo, Efoui et moi avions été traités, a sidéré l’opinion publique nationale et internationale.
AU CALVAIRE DE LA POLICE POLITIQUE

Les méthodes de prédilection des services de sécurité de M. Gnassingbe sont aussi affreuses les unes que les autres. Comme un rêve éveillé, c’est le soir du 22 août 1990 que commenceront les déboires avec la police politique togolaise. J’étais à la maison et m’amusais à mettre en forme les premiers jets d’une allocution que je devais prononcer à Tokpli dans le cadre de la 4ème célébration de la fête annuelle du Yoto. Vers 19H30, des individus firent irruption dans mon salon et l’un d’eux me demanda si j’étais “Hilaire Logo”. Sitôt je répondis “oui”, qu’ils se précipitèrent sur moi pour me mettre les menottes, le plus violemment du monde, avant de me montrer une carte. Je crois aussi qu’il y avait des gendarmes et des militaires. Je reconnus les commissaires nommés Dogbevi et Palanga, et une vingtaine de malabars qui envahirent ma chambre et ma maison. Tout dans ma chambre et celle de ma femme a été mis sens dessus-dessous, fouillé de fond en comble de 19H30 jusqu’à 2H du matin, sans mandat. Infructueuses, les recherches prirent fin sur une note visible de déception de la part des bidasses. On m’embarqua néanmoins – toujours sans mandat – à bord d’une Renault 18 bleue marine, sous belle escorte, indifférent aux pleurs de ma famille et à la question de ma femme qui demandait à savoir où l’on m’emmenait. Tous les camarades de la coordination et deux cellules d’étudiants ont été arrêtés pratiquement dans les mêmes conditions cette nuit-là et séparément enfermés dans les cachots de la Division des Renseignements Généraux (DRG) à Akodesséwa. D’abord, j’ignorais tout de leur présence là. Mon interrogatoire a duré toute la nuit. Entamée par le commissaire Dogbevi, que relayera Palanga, qui sera lui relayé par Lamboni. Les premières questions ont trait à “mes relations avec les étudiants à l’Université du Bénin”, puis “mes activités à Lomé”, puis “si j’avais quelque chose à me reprocher”… Je n’avais aucune raison objective de répondre à ces genres d’intimations; aussi, étions-nous restés là à tourner autour des mêmes questions, quand je demandai à M. Lamboni de me laisser téléphoner à mon avocat. Il piqua une violente colère: “Ton avocat!! Ton quoi? S’il vient ici, je le mettrai au trou… Tu ne sais pas ce qui t’attend”.

Quelques minutes plus tard, on fera défiler devant moi notre camarade Kalepe Kétomagnan Hope, torse nu, menottes aux poignets. Après son passage, M. Lamboni demanda si je le connaissais. Je me croyais obligé de dire oui. A ce niveau de l’interrogatoire, un homme petit de taille fit son entrée, les autres se levèrent, il traversa la salle et rentra prendre place dans un autre bureau au fond. Le sieur Dogbevi m’introduit dans le bureau du petit homme, pantalon kaki chemise jaune à rayures noires, visage ovale, les deux joues balafrées aux tatouages yourouba dénommés communément “Odjou Olégba”. J’apprendrai plus tard qu’il s’appelle Atakora Laokpessi Pitalounani Antoine, qu’il était le patron de la sûreté et l’homme de confiance de M. Gnassingbe. Pour ce petit matin-là, il se contenta des informations générales sur ma personne puis s’en alla. Je fus menotté à un lit de garde et placé sous haute surveillance jusqu’au lever du jour.

Le capitaine reviendra autour de 7h30-8h00, entouré d’une quinzaine d’hommes (policiers, gendarmes, militaires) en uniformes parmi lesquels Alaza, Palanga, Lecoutey, Karkassa… Une demi-heure après leur arrivée, une série de longs hurlements… Je reconnus les voix des frères Aboley (Paulin et Laurent).

Avant mon second interrogatoire à la DRG, on m’introduisit dans une salle de conférence. Cinq individus lugubres s’y trouvaient. On m’installa devant eux et ils se sont contentés de me dévisager pendant plus d’une demi-heure. Ce sont des bonshommes, pas trop âgés, tête rasée, les annulaires bien garnis de bagues de toutes couleurs (noires, rouges et parfois argent). Je me suis dit qu’il s’agissait certainement d’une séquence de sorcellerie et je me suis contenté moi aussi de dire une prière à Dieu.

Après cette séance de traitements à froid (psychique), je fus introduit ensuite dans le “Mouroir” des traitements à chaud. Je rencontrai Firmin Djollé Yovodevi dans le couloir. A sa mine, il semblait s’apitoyer sur mon sort. Apparemment, lui n’avait pas été torturé. Les hurlements des frères Aboley avaient cessé. Je crois que mon calvaire allait commencer. Les premières questions du Capitaine Lao-Kpessi ont trait à mes relations avec les étudiants. Pour moi, il n’y avait plus lieu de nier bêtement quoi que ce soit. J’acquiesçai mes activités avec les étudiants que j’ai rencontrés sur les lieux (Kalepe, Yovodevi, les frères Aboley). Lao-Kpessi me signifia que tous mes camarades arrêtés avaient tous avoué et que persister dans le mensonge ne me rendrait autre service que de me faire souffrir inutilement.

Je fus mis à poils, puis vinrent une série de questions sur la C.D.P.A. L’équipe des tortionnaires savait déjà que:
- j’étais responsable à la coordination de nos activités;
- les cellules étaient cloisonnées et qu’on ne pouvait pas remonter aux autres membres. Question sur laquelle les camarades avaient été atrocement torturés.

J’acceptai mon appartenance à la C.D.P.A. et mon traitement commença à partir de la liste des membres que l’équipe de tortionnaires voulait avoir.

J’ai été atrocement battu à la DRG: cordelettes, chaussures rangers, bâtons … tout y passait. Ils voulaient avoir les procès-verbaux de nos réunions; je répondis que nous n’en faisions point et qu’il n’y avait point de fiche de présence. M. Lao-Kpessi s’énerva et demanda de faire venir l’électrochoc. Un gendarme (son chauffeur) s’approcha avec un générateur métallique doté d’une manivelle rotative connecté par deux fils électriques à deux pincettes dentelées qu’on me passe quand on veut et comme on veut, aux deux index pour avoir la décharge dans les bras; au sexe, aux mamelons et aux oreilles pour avoir les décharges dans la tête. Les séquences des oreilles sont très douloureuses. Quelque chose d’indescriptible; un poids sur le cerveau, la vie s’arrête pour toi, tu te mords la langue… C’est affreux!! Chaque séquence peut durer de deux à cinq minutes que je prenais pour une éternité. … Tu ne peux que hurler, sans t’en rendre compte. Ce calvaire dure environ trois heures. On voulait connaître les membres de la C.D.P.A. Et je fus atrocement malmené au sujet de certains noms que les bourreaux suspectaient être nos “commanditaires”.

Vers 12h30 ce vendredi-là, l’enfer s’arrête à la DRG pour reprendre de plus bel vers 16h00 dans les bureaux du Capitaine Lao-Kpessi à la Direction de la Sûreté Nationale. Cet après-midi, à propos des noms Agbeyome et deux autres noms, on tourna la machine jusqu’à ma perte de connaissance.

De la DRG, on nous embarqua pour la Direction de la Sûreté Nationale après un tour au Cabinet EFOGERC du Dr. Lucas Afantchawo, où ils embarquèrent la photocopieuse dont je me servais pour la multiplication de nos littératures. Jusqu’à ce jour la machine n’a pas été restituée à son propriétaire. Tout comme mon appareil photo (CANON) et une dizaine de livres (littérature ésotérique) que l’équipe de perquisition a pris dans ma petite bibliothèque cette nuit-là.

A la Direction de la Sûreté Nationale, nous nous sommes tous retrouvés et j’ai constaté qu’ils n’ont en réalité mis la main que sur l’équipe de coordination avec deux cellules du Campus. Les autres cellules des quartiers de Lomé et celles du Campus (une cinquantaine) sans oublier nos sympathisants de l’intérieur de même que le réseau du Pr. Gnininvi tournaient. L’opinion nationale et internationale était préparée et scandalisée par la question de notre torture.
LE GANT DE VELOURS SE DÉCHIRA ET EXPOSA UNE FÉROCE MAIN D’ACIER

Une personne très proche de moi saisit la C.N.D.H. (Commission Nationale des Droits de l’Homme) qui impliqua la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (L.T.D.H.). Si la C.N.D.H. inspirait un petit doute, la Ligue elle par contre, comportait des personnes ressources comme références morales sûres telles que: Jean-Pierre FABRE (qui s’est personnellement beaucoup déployé pendant toute la période de notre arrestation et de notre torture. Aussi, fera-t-il tout pour me trouver un travail après ma relaxe, auprès de Hilaire Locoh-Donou); Maryse Kwashi; le Docteur Adigo; le Doyen de la Faculté de Droit M. Pokanam; Me Ahlonko Dovi…

Même si le rapport contradictoire du Vice-Président de la C.N.D.H. (M. Assouma) et le rapport fantaisiste des experts médicaux constituaient des sons de cloches discordants dans la démarche d’ensemble des organisations des droits de l’homme, l’enquête diligentée par la C.N.D.H. avec la Ligue, sur les conditions de notre arrestation et de notre détention, a révélé aux yeux du monde que le despotisme togolais à la tête duquel M. Gnassingbe s’incruste, est une implacable main de terminator dans un gant de velours.

Le pouvoir était acculé par:
- les matraquages médiatiques du Directoire de la C.D.P.A. par les voix de Daniel Kueviakue et de Isidore Latzoo,
- les travaux de taupes des cellules du Prof. Gnininvi, MM. Gayibor et Sassou Bertin,
- les dénonciations et rappel à l’ordre de la F.I.D.H. par la voix de son Président Patrick Baudouin,
- les alertes d’Amnesty International grâce aux responsables Amnesty de l’Afrique de l’Ouest, MM. Salvadore et Gaétan Mootoo.

La nuit du lundi suivant, on libère tous nos camarades, sauf Doglo et moi. Le lendemain, le Ministre de l’Intérieur limoge le Directeur de la Sûreté. Croupissant dans le “violon” de la Sûreté (1.50 m²) sans nourriture, sans lumière, sans couchette ni couverture pour cette période de mousson, nous étions coupés pendant quatre semaines de tout contact extérieur. Nous ne savions pas que quelque chose se tramait du côté du Pouvoir pour manipuler les camarades torturés et libérés afin qu’ils nient les mauvais traitements à eux infligés par la Sûreté. Efoui et les frères Abole étant des gens de conviction, les manœuvres du pouvoir échouèrent, de même que celle en ma direction par l’entremise de l’Officier de Police Adjoint Lekoutey.

Les pressions sur le pouvoir se firent de plus en plus fortes, après un mois d’attente forcée dans le cachot de la Sûreté (je dis “forcé” car la Direction donna l’ordre que la plaie béante faite à mon front pendant une séance de torture devait se cicatriser avant qu’on ne me défère à la prison); sinon, ce serait l’illustration vivante des mauvais traitements dont parlent tant la Ligue, Amnesty et toutes les radios étrangères. C’est à cette tâche que l’infirmerie de la Sûreté s’attela pendant un mois vaille que vaille.

Un après-midi, Doglo et moi serons déférés à la prison après un crochet chez le troisième substitut du Procureur. Nous quittâmes notre cellule nauséabonde et non éclairée. Nous quittâmes notre seau plastique qui faisait office de chiotte et d’urinoir, pour la non moins dégueulasse maison d’arrêt de Lomé. Et pourtant, il semble que là c’est le paradis! Je vais pouvoir voir ma femme, mes enfants, ma mère … et avoir les nouvelles de mes camarades libérés.

Contrairement à la demande faite à moi par l’O.P.A. Lekoutey de ne rien révéler de mes supplices aux organisations des Droits de l’Homme contre une gratification du Chef de l’État, j’avouerai ce soir-là même, dès l’arrivée de M. Maboudou, Rapporteur de la C.N.D.H., tout ce que j’ai enduré au calvaire de la Police de Gnassingbe. J’avais encore sur moi les traces des sévices corporels: une large plaie en cicatrisation au front, les traces des plaies de menottes serrant les poignets, traces de bastonnades à la cordelette au dos…

Voyez-vous, c’est tout cela le 5 Octobre 1990: Une lueur d’espoir légitime. L’affrontement déclaré du droit contre la force, de la justice contre l’injustice, de la légalité contre les abus. C’est une brèche dans la toute-puissante dictature politico-militaire qui, de tricherie en coups de force, de menaces en assassinats, a repris du poils de la bête.

Des fausses menaces de procès devant les preuves les plus éloquentes d’Amnesty contre le Pouvoir togolais, à la corruption des facilitateurs, en passant par le sabotage des présidentielles de 1998, … et l’achat de certains jeunes de l’opposition aux convictions douteuses pour lecture des motions mythomaniaques en l’honneur du despote aux mains ensanglantées.

Nous disons: “Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas. Mais c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles”.
MOBILISONS-NOUS AUTOUR D’AUTRES VALEURS

Le Peuple togolais a consenti les sacrifices les plus lourds, imposés par un régime autocratique pour lequel la vie humaine n’a aucune valeur. Le 5 Octobre 1990 et les autres mouvements sociaux qui ont suivi (1990-1991) avec la tenue de la Conférence Nationale Souveraine, ont suscité une lueur d’espoir chez les démocrates togolais. Malheureusement, la mauvaise appréciation de la situation par les divers acteurs politiques du pays, les incohérences et les contradictions internes parfois antagoniques au sein de l’opposition, les ambitions personnelles des uns et des autres au mépris de l’intérêt général, la trahison pure et simple de l’idéal démocratique par certains, … ont conduit au retour du régime despotique pour le plus grand malheur du Peuple togolais.

Toutes les stratégies afin de trouver une issue pacifique à la crise togolaise ont été épuisées et soigneusement torpillées par le Pouvoir despotique. Entre autres, “Le Nouveau Contrat Social”, le “Comité Mixte Paritaire”, les Accords de Colmar, les Accords de OUAGA. Toutes ont eu pour seul effet la remise en selle du dictateur avec comme corollaires, 450000 réfugiés à travers le Bénin, le Ghana, l’Allemagne, la Belgique et le reste du monde…

Resté sourd à tous les appels pour l’instauration d’un État de droit au Togo, sourd même aux sanctions de l’Union Européenne, le Régime R.P.T. mérite d’être combattu par tous les moyens légaux, et par les stratégies les plus efficientes.

En conséquence, tous les démocrates togolais:
- travailleurs,
- militaires de tous grades,
- organisations de femmes,
- organisations de jeunes,
- étudiants,
- organisations professionnelles,
- organisations des droits de l’homme,
- Togolais de la diaspora,
sont solennellement invités, à l’occasion des dix (10) ans du «5 Octobre» à apporter leur contribution patriotique à ce devoir sacré qu’est la libération du Togo.

Excusez-moi de dire ceci:

«Je suis issu d’une famille modeste. Et très régulièrement, il m’arrive de manquer du minimum vital, quoique des propositions des plus mirobolantes aient défilé devant mes yeux. Et parfois, lorsque face à de terribles déboires sur cette longue route vers la démocratisation du Togo, un parent, ma femme, un ami ou un curieux semble me demander «Que diantre! es-tu allé chercher dans cette galère?», je réponds: «Le 5 octobre 1990, si c’était à refaire, je le referais, je recommencerais sans broncher.»

Nous n’avons pas d’autres choix que de continuer à ramer au milieu des vagues. Le port peut être là, inattendu. Nous n’avons pas le droit de nous noyer avant.

Source : http://www.diastode.org/Droits/octobre5.html